La Nouvelle Zélande

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Ce ne fut pas si évident de venir en Nouvelle Zélande, sans billet d’avion et sans moyen financier pour le payer. Alors en prenant mon courage à deux mains, j’ai pris contact avec David Adams, le directeur de Marketing de AIR NEW ZEALAND de Sydney, lui proposant d’inscrire son logo dans mon livre. Lui expliquant que s’il ne m’aidait pas, il n’y aurait pas de photographies concernant les vieux arbres de Nouvelle Zélande. Alors suite à cela il décida de m’accorder 75% de réduction pour un billet aller retour.

Et me voilà parti de nouveau pour de nouvelles aventures… N’étant pas certain de venir dans ce pays, je n’avais pris aucun contact. Alors me rappelant de deux personnes étant passées par mon village en 1997, j’ai décidé de les recontacter. Alors Derald Petherbridge vint à ma rencontre à l’aéroport. Je fus accueillis comme un roi. J’étais leur hôte de marque, tellement ils aiment la Dordogne.

Les Pohutukawas (Metrosideros excelsa) :

Le premier week – end, Derald m’a conduit à Corommandel ou l’on peut découvrir de magnifique spécimens de Kauris et aussi de splendides Pohutukawas (Metrocideros excelsa). Malheureusement la meilleur saison est en Décembre et Janvier lorsque que ces magnifiques arbres resplendissent de leur manteau rouge vif, remplis de leurs magnifiques fleurs. Les Pohutukawas poussent généralement en bordure des mers et des plages et certains d’entre eux sont plus encrés à l’intérieur des terres. Les branches s’étalent sur des dizaines de mètres et leurs racines peuvent longer les rochers et prendre des formes très tourmentées, cherchant le meilleur chemin pour soutenir par la suite tout le poids de l’arbre adulte.

Le Pohutukawa est un arbre symbole pour les Maoris et est aussi un des arbres fétiches de la Nouvelle Zélande comme le sont les chênes pour les français. Ce sont les arbres de Noël. Mais ces arbres sont atteints par une épidémie. Beaucoup d’entre eux furent coupés pour créer des pâturages pour les moutons et les vaches. Le piétinement n’a pas arrangé les choses. Alors le projet Crimson vit le jour pour sauver ces splendides arbres.

Depuis des milliers d’arbres de ce genre ont été plantés avec l’aide des enfants. C’est apparemment un projet de grande envergure et je le soutiens. Les Pohutukawas poussent en majeur partie sur toute la côte nord ouest de l’Ile du Nord y compris bien sure dans les petites îles. L’un des plus gros d’entre eux poussent sur Mayor Island, et reste un arbre sacré pour les maoris.

Lors de mon arrivée chez Derald et Pamela, j’avais prévu de partir en bus à Mangonui pour photographier un immense et ancien Pohutukawa, puis aller vers la côte Ouest pour me recueillir au près des immenses Kauris (Agathis australis). Avant ce voyage, j’allais photographier le plus large Pohutukawa de Auckland. La photographie faite, je m’apprêtais pour retourner chez mes amis quand, d’un faux mouvement, mon genoux droit amoché en Australie, lâcha de nouveau. Au bout d’une heure, celui-ci était si gros que toute ma jambe en été paralysé et je me retrouvais en fin de soirée avec des béquilles chez mes amis.

Derald me proposa donc de me conduire voir le vieux Pohutukawa (Metrosideros excelsa) de Mayor Island et les vénérables Kauris. Nous partîmes donc ensemble avec ma jambe raide et mes béquilles (que je ne supportais pas !) pour Mangonui.

Mangonui est un petit village au fin fond nordique de la Nouvelle Zélande. Là-bas, les Pohutukawas se sont installés au bord de l’Océan et à Butler Point, sur Bay Island, vit depuis plus de 500 ans, deux des plus splendides Metrosideros excelsa.

William et Jessica Fergusson sont les heureux propriétaires de l’ancienne maison historique du Capitaine William Butler (1814-1875). Il fut baleinier, commerçant, armateur, fermier et Membre de Parliament for the Far North. Sa maison est agréablement décorée de mobiliers de style Victorien et Colonial et peut être visité sur rendez-vous. Un ancien cimetière, où le Capitaine est enterré, et agrémenté de Pohutukawas et d’un joli jardin. Non loin de là, existe encore quelques vestiges d’un ancien « Pa » de Maoris, qui devait être un lieu de rendez-vous. Des fouilles archéologiques ont permis de prouver que les Maoris étaient présents en ces lieux entre le 16ème et le 19ème Siècle.

Concernant les vénérables Pohutukawas de Butler Point, l’un d’eux possède un tronc de 10,90 mètres de circonférence, et ses branches se déploient sur une vingtaine de mètres, suivant les vents océaniques. C’est une splendeur ; il possède comme des tentacules qui tâtonnent l’air intouchable et sans doute capturent toute humidité pour assouvir les besoins en eau de cet arbre gigantesque, qui domine le Pacifique. Sa ramure se repose au sol et il est aisé de grimper dans sa canopée.

Lors de notre rencontre avec la famille Fergusson, je proposais à William Fergusson de s’asseoir dans l’autre Pohutukawa, jouxtant sa maison. Sans aucune hésitation, il y alla. Cela rendait plus magique l’arbre qui avait ses branches partant dans tous les sens.

Le moment fut venu de rencontrer, l’espace d’un court moment les Kauris (Agathis australis). Ces arbres gigantesques ont plus de 2000 ans. Certains de ces géants auraient eu 4000 ans, non loin de dépasser l’âge des Bristlecone Pine de la Californie.

Le Kauri (Agathis australis) :

Il faut savoir que lorsque les premiers Polynésiens arrivèrent en Nouvelle Zélande, il y a environ 1200 ans, ils découvraient un pays presque entièrement recouvert de forêts originelles. L’arrivée de ces Polynésiens, avec leurs chiens, rats et connaissance du feu déstabilisèrent l’équilibre naturel de ce paradis. Des siècles durant, les paysages primaires et la vie sauvage unique de la Nouvelle Zélande souffrirent des modifications comparable à l’époque de l’ère glaciaire du Pléistocène. La destruction de certains habitats semblaient des facteurs principaux de la disparition de certains oiseaux comme les 24 espèces de Moa.

Les ancêtres du Kauris ont apparu quelques 250 millions d’années auparavant. Comme je vous l’ai déjà écris, entre 100 et 400 millions d’années, la Nouvelle Zélande, l’Australie, l’Antarctique, L’Inde, l’Afrique, et l’Amérique du Sud étaient joints formant le Gondwana. A cette époque, la Nouvelle Zélande se trouvait entre l’état du Victoria en Australie et Victoria Land en Antarctique. Entre le Dévonien, environ 395 millions d’années et la moitié du Carbonifère, environ 310 millions d’années, la Nouvelle Zélande et la Tasmanie dérivèrent vers l’Est.

A la période de la Grande Nouvelle Zélande, la plupart des espèces animales et végétales connues à ce jour s’établirent. Les ancêtres Araucariens des Kauris, qui apparurent déjà au Triasique, soit 225 millions d’années, étaient les éléments dominants de la flore, et avec ces forêts, un groupe spécialisé de conifères, les Podocarpes. Les mammifères tels les reptiles, les amphibiens, et les premiers oiseaux apparurent.

Au milieu du Crétacé, soit entre 110 et 80 millions d’années, le vrai caractère de la forêt de Nouvelle Zélande était formé : non seulement les ancêtres primitifs des Kauris, mais aussi le Kahikatea, le Rimu, le Totara, le Hêtre argenté (Nothofagus menziesii), et le Phyllocladus de la famille des Podocarpes, s’établirent.

Les Agathis et les Araucaria forment ensemble la famille des conifères Araucariaceae. Les Agathis, un génus de quelques 13 espèces, généralement connues sous Kauri, préfèrent les lieux tempérés, humides, les forêts persistantes du Nord de la Nouvelle Zélande. Les Agathis vivent aussi dans le Sud Ouest du Pacifique : Malaisie ; les Archipels de Bismarck, Santa Cruz, Nouvelle Hébrides et Fidji ; Nouvelle Calédonie et Queensland en Australie.

Les Agathis et les Podocarpus forment ensemble un élément floristique archaïque dans les forêts de bois durs. Les Araucariaceae seraient les plus anciens conifères de la planète. Il est vrai qu’au Sud de l’Inde, des fossiles d’Araucarias ont été datés à 100 millions d’années.

En ce rapprochant de notre époque, les forêts de Kauris furent débitées par les colons, et ceci à partir de 1850. Comme aux Etats Unis et en Colombie Britannique, les immenses arbres furent abattus et transportés, grâce aux bœufs. Les troncs étaient si lourds, que 16 bœufs ne suffisaient pas pour les tracter. Des barrages ont été construits ainsi que des ponts. Au début du 20ème siècle, le transport ferroviaire simplifia l’ampleur de ces exploitations forestières. Les rivières, elles aussi permettaient de transporter ces immenses arbres.
Même si la Nouvelle Zélande s’enorgueillit de l’exploitation forestière de ces splendides forêts de Kauris, ce fut surtout une hécatombe écologique. Et oui, sans doute plus de 80 % de ce patrimoine furent abattus, laissant quelques parcelles sur la côte ouest de l’île du Nord, et dans la Péninsule de Coromandel.

A partir des années 1850, la résine des Kauris était fort appréciée. Elle fut vendue à prix d’or, comparée à de l’ambre. Les européens et surtout les français furent les premiers demandeurs, pour s’en servir d’allume-feu car inflammable. Cette résine était récoltée de plusieurs manières, en incisant le tronc ; dans ce cas les colons comme les Yougoslaves ou les Croates grimpèrent les Kauris avec griffes aux chaussures et piolets aux mains et faisaient couler cette résine, sang de l’arbre. Bien souvent, les arbres périrent des blessures occasionnées par l’Homme. Pour les plus chers résines, les marécages étaient creusés là où furent tombés depuis très longtemps les Agathis Australis. Car en effet, après leur chute, ces arbres en pourrissant dégagent cette résine, laquelle est enrobée par la décomposition de l’arbre.

Des gens du monde entier vinrent creuser et rechercher cette résine durcie, de couleur jaune clair transparente. Les plus chères furent celles provenant des anciennes forêts.

L’histoire raconte que le Capitaine James Cook en avait déjà découvert lors de son expédition en 1769. Depuis les botanistes nomment cette résine Avicennia resinifera.

Depuis les années 1970, les Kauris de Nouvelle Zélande sont protégés. Il est formellement interdit d’abattre un de ces vénérables Kauris. Par contre depuis quelques années, alors que les forêts ont été transformées en pâturages et cultures, des Kauris enfouis sous les sédiments, de ce qui fut autrefois des marais, ont été découvert dans le Nord de la Nouvelle Zélande, comme à Dargaville, ou encore près de Manurewa. Ces splendides troncs étaient enterrés depuis 43900 ans ! Et ils sont encore en excellente conservation. Certains l’exploitent et les transforment en mobiliers comme les tables de salon. Ce bois, sortis des tourbes et marais, vaut relativement cher.

Le Musée de Matakohe, au Nord d’Auckland permet de retracer l’histoire du Kauris.

La forêt de Kauri n’est bien sure pas seulement composée que de cette flore, c’est surtout un écosystème suffisamment complexe pour être protégé et respecté. Très fréquemment, il est observé dans le sous-bois, une fougère arborescente miniature (Blechnum fraseri) composée d’un tronc très fin. Une autre fougère arborescente très trapue (Dicksonia lanata) possédant un tronc court, peut être représentée en grand nombre en compagnie des Kauris. Des mousses géantes (Dawsonia superba) peuvent mesurer de 30 à 60 cm de haut. Vous pouvez en observer dans la forêt de Waipoua, au Nord d’Auckland.

Les Kauris vivent en symbiose avec le Taraire (Beilschmiedia tarairi) et le Tawa (Beilschmiedia tawa) qui sont d’importants arbres, puis ils sont accompagnés d’arbres plus petits tels que le Tawhero (Weinmannia sylvicola), le Totara (Podocarpus totara), le Miro (Podocarpus ferrugineus), le Rewarewa (Knightia excelsa), le Rimu (Dacrydium cupressinum) et le Tanekaha (Phyllocladus trichomanoides).

Le Kauri a besoin de beaucoup de lumière pour se développer depuis ses graines. Là où le Kauri tombe, le Taraire ou le Tawa pousse.
Les quelques forêts de Kauris restantes possèdent encore quelques trésors végétaux tels ceux que je suis aller voir avec mon ami Derald Petherbridge. Les plus célèbres d’entre eux sont ceux vivants dans la forêt de Waipoua. Des sentiers ont été balisés et il est très facile d’y accéder.

« Tane Mahuta » est le plus large Kauri qui fut découvert, suivi de « Te Matua Ngahere ». ils sont tous deux dans le même sanctuaire.

Dans la péninsule de Coromandel, une forêt primaire n’aurait jamais été exploitée. Celle de « Manaia Forest Sanctuary » d’une surface de 482 hectares, regorge du plus important groupe de Kauris adultes jamais exploité. Ce sanctuaire fut protégé en 1971. Je ne pu accéder faute de mauvais temps, de plus il faut une autorisation de l’officier en charge de Coromandel Forest Park. « Tanenui » est le plus large de ce lieu mais une bonne journée de marche est nécessaire pour y accéder.

Après avoir été bien accueilli et aidé par Derald et Pamela, je partis pour Hamilton, où m’attendaient des arboristes et professeurs du Centre d’Horticulture. Martin Herbert, Rob Graham, Chris Brockelbank et mon ami John Woolford, m’attendaient pour aller voir quelques Pohutukawas et Kahikateas. Rob me conduisit sur la côte ouest, pour la journée.

Avant de repartir, je leur offrais un diaporama pour tous leurs élèves. A Tauranga, m’attendait Barry Daniel, un autre arboriste. Il m’accueillit dans son humble demeure. Comme moi il avait eu quelques problêmes au genoux, et fût tout juste opéré. Nous étions deux avec une sorte de jambe en bois…

Le Rata (Metrosideros robusta) :

Au premier regard il aurait pu être un Tawa, mais en fait c’était un Rata (Metrosideros robusta). Le Rata commence à pousser par une graine, déposée par un animal, depuis le haut d’un autre arbre, lequel va devenir son support. Il va faire descendre des racines aériennes jusqu’au sol tout en étranglant petit à petit son arbre support.

Les racines arrivées dans le sol, le Rata va prendre du volume et tranquillement il tuera l’arbre support, devenant lui-même un immense arbre. Tout une cavité apparaîtra dans le Rata comme celui-ci, lorsque l’arbre support se sera putréfié. Celui-ci est suffisamment immense pour que 10 personnes séjournent dans son tronc.

Magnifique, la base brune du Rata se camoufle dans la végétation luxuriante de la forêt. Je faisais donc quelques photos avec le petit Ian dans cet arbre, mais la lumière ne me plaisait pas. Il fallait que je revienne plus tard.

Nous sommes donc rentré à Tauranga. Barry Daniel possède une entreprise d’arboriculture qui s’appelle « Tree Tech NZ Ltd ». Il entretient les arbres et fait aussi des transplantations de sujet adultes. Avec ses 20 ans d’expérience, il est très dévoué et encore une fois, je ne connais pas beaucoup de personnes comme Barry. Il n’était pas obligé de m’accorder du temps pour mes photographies et sans pour autant me connaitre. La Nouvelle Zélande est bien connue pour son accueil et cela est vrai.

Pendant que j’étais à Tauranga, j’en ai profité pour rencontrer les journalistes de « L »Evening Post » et du « NZ Herald Tribune ». Deux beaux articles furent le résultat. Disant au revoir à mes amis, je continuais ma route pour Hamilton et y retrouver John Woolford, un arboriculteur. Il adore les arbres; avec son père, ils possèdent un des plus grands vergers de Pomme de la région. Elle sont exquises. John aime partir à l’aventure en compagnie de sa famille, il est aussi un escaladeur et connais toutes les montagnes de la Nouvelle-Zélande.

Mon dernier voyage en Nouvelle Zélande fut d’aller à Wellington, ou en faisant la connaissance de Glen Denby, Paul Taylor, et Alison Keyllow, nous avons organisé un diaporama au Café Menton. C’est en ce lieu, que je faisait aussi connaissance avec Goeff Park, un écrivain et historien de la ville, spécialisé dans les Kahikateas, des Sages – témoins de l’histoire de la ville, et les plus hauts arbres de la Nouvelle Zélande.