Canada (1998)

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Grâce à la dendrochronologie, dont Douglas Larson de l’Université de Guelph est un spécialiste, nous pouvons remonter dans le temps. L’arbre, véritable bibliothèque vivante, mémorise et emmagasine tout dans son corps et indique ainsi pour ceux qui savent interpréter les anneaux de croissance les précipitations, les températures, le vent, la sécheresse, mais aussi les catastrophes naturelles, les incendies, éruptions volcaniques, les pollutions industrielles, etc…

Les Cèdres blancs de l’Est (Thuja occidentalis)

Les falaises de Niagara supportent la plus importante forêt à croissance lente de l’Amérique du Nord-Est, avec des Cèdres blancs de l’Est (Thuja occidentalis) ; ce sont les plus vieux arbres de l’est des montagnes Rocheuses et cette espèce de cèdre est la deuxième plus ancienne du Canada.

Il y a quelque quatre cent cinquante millions d’années, une ancienne mer, appelée le « Bassin de Michigan », submergeait les falaises de Niagara Escarpment. Ce sont des arbres à croissance très lente et qui peuvent dépasser plus de seize cents ans avec seulement trente centimètres de diamètre. Ils poussent sur une bande végétale de cinq mètres de large tout le long du sommet de la falaise. Un profond piétinement à ces endroits engendre le compactement du sol, d’où la disparition des semences, l’exposition à l’air des jeunes racines qui se déshydratent et entraînent la mort des jeunes arbres, éléments essentiels à la survie des forêts originelles.

Les forêts pluviales tempérées de la Côte Ouest Américaine, un héritage qui disparait :

(En hommage à mes amis canadiens, dont la famille Helten et celle d’Al Carder)

L’île de Vancouver (Canada)

On trouve encore sur la côte ouest de l’île de Vancouver, en Colombie britannique, des portions substantielles d’anciennes forêts pluviales tempérées. Y accéder demande un certain effort puisqu’il faut parfois plusieurs jours de marche pour les atteindre. Aussi, pour faciliter ce genre de randonnées, le Western Canada Wilderness Committee et d’autres ONG, avec l’aide d’autoctones, ont balisé et construit des sentiers faits de planches de bois de récupération. On en trouve entre autres dans les îles du détroit de Clayoquot.

Les forêts pluviales sont extrêmement rares, couvrant seulement 0,2 pour cent des aires paysagères de la terre. Elles se situent là où les températures restent modérées tout au long de l’année et où les précipitations sont assez importantes, en moyenne 2000 mm/an. On en trouve au Chili, en Tasmanie, Nouvelle-Zélande, Norvège et pour environ une moitié d’entre elles le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord, de l’Orégon à l’Alaska. 

Ces anciennes forêts pluviales tempérées regorgent d’écosystèmes biologiquement divers. Les arbres y sont d’espèces distinctes, d’âges différents et de tailles très diverses. On y trouve également beaucoup d’arbres morts debout (chicots, fragments) et des troncs qui jonchent le sol, le tout jouant un rôle primordial dans l’écologie de la forêt en donnant vie à des mousses épiphytes, des champignons, des fougères, des arbustes, des lichens qui, eux-mêmes, favorisent la présence de nombreux insectes, oiseaux ou mammifères, sans oublier d’innombrables bactéries et organismes microscopiques.

Les anciennes forêts de l’île de Vancouver se sont lentement développées après le passage des dernières glaciations du Quaternaire, il y a environ onze mille ans. La concentration graduelle de matières organiques créa les premiers marécages côtiers, qui remontent à peu près à cinq mille ans. Simultanément les forêts côtières commencèrent à prendre forme, les plus majestueuses prenant racines sur les basses pentes des montagnes côtières et dans les vallées.

 Mais depuis le milieu du XIXe siècle, ces forêts ont été exploitées. A cette époque, on comptait encore deux millions trois d’hectares de forêts anciennes pluviales tempérées alors qu’en 1954, après une centaine d’années d’exploitation, il n’en reste qu’un million six. Depuis les coupes se sont multipliées pour n’en laisser, en 1990, que huit cent vingt-huit mille hectares. Si l’on continue au même rythme, on risque de voir disparaître toute portion de forêt pluviale ancienne dans les prochaines années. Bien que le bois produit soit un des meilleurs de la province, il ne faut pas oublier toutes les fonctions écologiques de la forêt qui est non seulement l’habitat de beaucoup de plantes et d’animaux, mais sert également au recyclage et au nettoyage de l’eau et de l’air, etc. Il est donc temps de prendre conscience que nous devons protéger ces forêts qui font partie des poumons de la Terre.

Faisant partie du Carmanah Pacific Park, Cheewhat Lake abrite les Cèdres rouges de l’ouest (Thuja plicata), de tailles phénoménales. L’un d’eux mesure presque vingt mètres de tour. Il est sans doute âgé de plus de deux mille ans ans mais ne se laisse pas approcher sans effort ; il faut en effet une demi journée de marche sur un sentier mal balisé seulement accessible à des trekkers expérimentés.

Clayoquot Sound, un archipel très peu protégé.

Dans la partie centrale de l’île de Vancouver, du détroit de Clayoquot à la péninsule d’Hesquiat, les deux cent soixante-dix mille hectares de Clayoquot Sound embrassent trois grandes îles : Meares,Vargas et Flores. C’est un éventail de criques dans les forêts pluviales montagneuses qui s’étend sur trente kilomètres. Trente-cinq mille hectares seulement sont protégés, tandis que quelque quatre-vingt-un mille sont abandonnés à l’exploitation forestière. Avec Clayoquot Sound, nous avons la chance de préserver un réseau forestier pluvial intact de bassins versants et d’îles. Il offre des avantages économiques non-forestiers considérables tels que la pêche commerciale, l’écotourisme et les loisirs de plein air. On peut y observer des baleines, des oiseaux, des saumons, avoir un aperçu de la vie sauvage que ce soit en randonnant sur les sentiers organisés par la WCWC, en kayak ou à la voile. Les forêts jaillissant de l’océan à fleur de rochers sont un spectacle inoubliable.

Dans Meares Island, plus particulièrement, par une belle piste de bois qui protège le sol fragile, les plantes et les réseaux racinaires, on partira à la recherche du Hanging Garden Cedar (Cèdre-jardin suspendu) qui est estimé à plus de quinze cents ans et mesure dix-huit mètres trente de tour. Il participe à un véritable écosystème donnant vie à de la mousse épiphyte, à des lichens, à des champignons et même à des Hemlocks éphiphytes (Tsuga heterophylla) qui se fixent à son sommet et font descendre leurs racines le long du tronc. Un vieux roi qui veille sur son royaume ! En parcourant les trois kilomètres de cette piste, vous serez fasciné par cette végétation pluviale, vous croiserez ces énormes Cèdres rouges de l’ouest (Thuja plicata) et vous pourrez même traverser les entrailles racinaires de quelques arbres vénérables, des Nurseries-trees de quarante-trois mètres de haut et de trois à quatre mètres de diamètre.

Peut-être aurez-vous la chance d’apercevoir un aigle, ou tout au moins son nid, ou de rencontrer un ours ! Mais attention si vous en croisez un ! Laissez- le passer et ne perturbez pas les oursons, lesquels sont très curieux, leur mère veille à sa progéniture.

Par un autre sentier, vous arriverez au pied du Big Mother, un autre Cèdre rouge (Thuja plicata) de cinq mètres cinq de diamètre et cinquante mètres de haut, un des rares témoins vivants de la forêt pluviale canadienne – il aurait deux mille ans – et qui, avec celui de Cheewhat Lake, peut revendiquer d’être le plus large de la Colombie britannique.

Depuis février 2000, grâce à l’action concertée de plusieurs organisations internationales (le WCWC, le Sierra Club, Greenpeace, mais aussi l’UNESCO et l’IUCN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) ce lieu magique a été déclaré «Réserve de biosphère». Cela n’arrêtera pas l’exploitation forestière, mais devra permettre une meilleure gestion de la nature.

Les planteurs d’arbres

Depuis le début du siècle, la Colombie britannique a été dévisagée par les coupes à blanc, lesquelles ont été effectuées malgré l’acharnement et les actions menées par les associations telles le Western Canada Wilderness Committee (WCWC), le Sierra Club, Forest Action Network, Friends of Clayoquot Sound (FOCS), Earth First, Friends of the Earth, le WWF ou encore Greenpeace.

Même si les compagnies forestières osent prétendre que certaines aires arborées sont compatibles aux coupes rases, ces dernières n’en sont pas moins favorables pour l’environnement ; bouleversement complet de l’habitat, du biotope, les animaux fuient ces anciennes forêts sauvagement abattues ou en meurent, des espèces animales ou végétales disparaissent laissant place à un chaos sans précédent. Les troncs jonchent les sols, et les souches sont brûlées, parait-il pour régénérer les sols. Ces incendies contribuent à l’appauvrissement de la couche d’Ozone, à la pollution et au réchauffement global de la Planète.

Là où les terrains ont été dénudés, l’érosion et les glissements de terrains ravinent les versants pentus des montagnes. Certains terrains sont susceptibles à des régénérations naturelles, pour d’autres jamais.

Alors les planteurs d’arbres sont embauchés par les gigantesques compagnies forestières pour reforester les coupes rases. Mais malgré le travail intensif fourni par ces planteurs, combien d’années faudra-t-il pour que de nouvelles forêts pluviales tempérées renaissent de leurs cendres? Mais bien évidemment ces plantations ne suffiront jamais pour réparer les dégâts occasionnés. Les planteurs sont souvent expérimentés, hommes et femmes confondus.

Andrew, un ami, était l’un d’eux et a fourni beaucoup de son énergie dans ce climat rude et ces pentes abruptes ; brouillards, pluies, vents, vous mouillent jusqu’aux os toute la journée. Andrew a planté plus de 70.000 arbres à lui seul et quelle merveilleuse idée serait-ce de parrainer ces jeunes arbres fraîchement plantés par les Hommes, le chaos laissant figure à de nouvelles générations d’arbres, de futures forêts, qui espérons-le, seront respectées par les générations futures, lesquelles devront respecter au plus haut titre cet environnement et ne feront pas comme nos anciens en moins de 150 ans, mais j’en doute.

 Il est primordial de préserver les arbres millénaires et leurs forêts du Monde entier, y compris leurs biotopes, leurs écosystèmes. Ils ne sont pas seulement les témoins de l’Histoire de l’Humanité mais surtout ceux de la Création du Monde terrestre dans sa globalité. Il est donc important de les préserver du massacre fait par l’Homme, égoïste, cupide.

Nous sommes dans le devoir de les respecter, de les vénérer. Les vieilles forêts sont des lieux de recueillements et d’épanouissements. Ne serait-ce pas le doux rêve de tout planteur d’arbre du Monde de revoir leurs arbres dans 1000 ou 2000 ans?

 Stoltmann Wilderness : Urgence! 500.000 hectares à sauver!

Le Stoltmann Wilderness :

A deux heures de Vancouver, le Stoltmann est un endroit fabuleux de deux cent soixante mille hectares. C’est une mosaïque riche de forêts anciennes, de prairies alpines, de marécages, de rivières et de glaciers. Il englobe quatre importantes vallées anciennes, Upper Elaho, Sims, Clendenning et Upper Lilloet, un ensemble fluvial reconnu par le ministère de l’Environnement de la Colombie britannique. Il doit son nom à un jeune militant Randy Stoltmann, un chasseur d’arbre (Tree Hunter) qui souhaitait que cet endroit soit protégé rapidement. Il mourut prématurément dans un accident tragique en montagne.

Lors de l’été 1995, une douzaine de volontaires du WCWC traça et signala une voie à l’intérieur de la forêt de vieille croissance du Stoltmann Wilderness.

A l’époque, il fut bon de se promener sur cette voie jusqu’en haut de la Vallée d’Elaho River, et nous aurions fait un bon de dix mille ans en arrière. Pénétrant dans un paysage sans fin avec de très hauts Sapins de Douglas et des forêts d’anciens Cèdres rouges, de prairies fleuries, de rivières anciennes, de poissons abondants, d’aigles, d’orignaux, de Grizzlys, de chèvres de montagne, et de loups. Qui pourrait penser qu’on se trouvait à proximité de Vancouver et de son important complexe urbain !

Marcher le long du Stoltmann est jouissif, imposant. La Vallée d’Elaho est une noble vallée, coupée par une série de Canyons drapée de forêts pluviales. Le WCWC invite les randonneurs du monde entier à marcher avec eux dans cette forêt afin de sensibiliser et récolter des fonds publics pour sauver ce lieu idyllique.

 Mais en dépit de ses inestimables valeurs écologiques et de la beauté de sa vie sauvage, le Stoltmann Wilderness est grandement menacé d’exploitation forestière, les forestiers allant jusqu’à commettre des actes de vandalisme et des agressions à l’encontre de ceux qui répertorient les arbres vénérables et militent pacifiquement pour qu’ils soient conservés. Un ami, amoureux de ces forêts me raconta avoir vu des ours s’attaquer à ces énormes machines (Timber Jack) qui détruisent tout sur leurs passages. Les ours voulant protéger leurs domaines et leurs petits. Pourtant, certains membres du Parlement canadien désireraient ajouter aux parcs nationaux canadiens cinq cent mille hectares du Stoltmann Wilderness comme Canada Newest National Park, espérons qu’ils auront gain de cause !

« Ce n’était sans doute qu’un rêve… »

Maintenant tout doit être rasé, détruit, ravagé… Leur écosystème est anéanti ! C’est un cri d’alarme que je lance pour stopper les coupes rases à jamais ! Ces lieux sont replantés mais le sol n’a pas le temps de se régénérer car ces nouveaux arbres seront exploités dans 100 ans ou moins.

A North Vancouver, il est possible d’aller admirer des rescapés de l’exploitation forestière du début du siècle, « Seymour Demonstration Forest ». En effet en grimpant péniblement, Ralph Kelmann m’a fait découvrir un immense sapin de Douglas. Il est la sentinnelle de la ville de Vancouver. Non loin de lui vous pouvez admirer au bord de Squamish River une forêt pluviale pourvue de Douglas, d’Hemlocks et de splendides épinettes de Sitka. Cette végétation si luxuriante vous apporte un bien être absolue.

Un site à voir concernant « Cathedrale Grove »: http://cathedralgrove.se  Un site superbe de Karen Wonders et Stephan Röhl: « CathedralGrove.se » is a website created by Karen Wonders and Stephan Röhl. It is part of the « WaldAktion British Columbia » Programme, a cooperative project between the German activist group « Koordinationszentrum Natur und Umwelt e.V. (KNU) » and the environmental art history fellowship at the Institute for the History of Science at Goettingen University.